mercredi 16 octobre 2013

Naplouse, Aïd et Bassim abou Sariah, alias, al Gaddhafi .

Je regarde Julien travailler sur l'Aïd.






Pendant ce temps je fais le point.
Depuis notre arrivée à Naplouse, j’ai la volonté d’en savoir plus sur Bassim abou Sariah, alias, al Gaddhafi .
C’est le premier visage que j’avais remarqué, affiché sur les murs de la Vieille Ville il y a un an. Visage doux et peau lisse, de la bonté dans les yeux, un gendre idéal, un bon fils, posant fièrement l’arme à la main.
J’avais mis du temps à connaitre son nom. C'est par des enfants de Balata que j'en avais eu connaissance.
Lors de l’exposition d'Alham Shibli au Musée du Jeu de Paume, j’apprenais alors qu’il était le dirigeant des brigades des Martyrs al Aqsa lors de la dernière Intifada et fondateur des groupes de résistance Faris el-Leil (Chevalier de la nuit) de la vieille ville de Naplouse.
C’est un sacré CV. 



Voilà où en j’en suis. Naplouse prépare l'Aïd. Julien son reportage.






 Qui est réellement Bassim abou Sariah, alias, al Gaddhafi ? 
Je voulais rencontrer de la famille, des témoins, des voisins, nourrir Looking for Gaza du sang d’un résistant. C'était, il me semble, une évocation nécessaire pour parler de cette ville.
Dans la soirée, lorsque j’évoquais son nom, la jeunesse de Naplouse se gonflait d'orgueil. Il était le héros de Naplouse, celui qui avait résisté jusqu'au bout à Israël.
Il était courageux, fier, un vrai chef de guerre. "Naplouse la résistante" avait son icône et je comprenais ma fascination pour ce visage.

Le lendemain matin, nous rencontrions B.
Sa pensée et son approche d’un événement est politique.
Je commence à l’interpeller sur Al Gaddhafi…
B. est direct : «Je l’ai connu. Un piètre politique, manipulé par beaucoup, incapable d’aligner 2 phrases. Quelqu'un qui n'a aucun intérêt, presque inculte…».
Tout s’effondre. 
Comment ?
Bassim abou Sariah, alias, al Gaddhafi, le héros de Naplouse, celui dont on dit que les israéliens s’y sont repris à 7 fois pour le tuer ?
Et B. continue : « Il a été impliqué dans des meurtres, rackets, malversations, et a peut-être participé à l'assassinat du frère d'un homme politique de Naplouse. Aucune envergure, juste un type profitant de l’Intifada et de l'anarchie qui régnaient alors ici. ».
Je suis déçu, mais pas étonné. Le banditisme profite toujours d'une situation de chaos. Tous les conflits regorgent d'histoire de ce genre et comme disait Prévert "L'étoffe des héros est faite d'un tissu de mensonges".
Je suis surtout surpris de la façon dont j'ai abordé cet homme, dicté par une mystérieuse et impérieuse nécessité d’en savoir plus sur ce visage.
J'aurais aimé découvrir autre chose, comme un modèle, un visage à la résistance, un Che Guevara local. J'aurais aimé raconter son enfance et dérouler le fil d'une vie faite d'engagements, de philanthropie, d'abnégation et d'exploits. 
Je voulais tout ça. 
Je voulais... Disneyland.
Ce fut la première déception.
La deuxième est que je ne serai jamais Albert Londres.

Et je regarde Julien  travaillant au cimetière de Naplouse, là où se trouve justement la tombe de Al Gaddhafi.







Nous rencontrons Bassem (l’homme qui sourit). Julien le photographie avec sa famille tandis qu’il nous explique les traditions autour de la préparation de  l’Aïd.
Et je reviens à la charge. 
" You know  Bassim abou Sariah, alias, al Gaddhafi ?
Sure ! He’s a hero ! " me dit-il.
Bassem a 36 ans. Ce n'est plus un gamin qu'une figure mythique peut impressionner.
Et de nouveau, j’entends la litanie sur le héros, l’ultime combattant de Naplouse.
Je veux aller à l’endroit où il été tué. 
Bassem connaît. Il nous emmène dans les ruelles de la vieille ville. Grimpons un escalier de pierre, et sur une terrasse surplombant la ville, il nous montre là où Gaddhafi, cerné par les forces israéliennes périssait le 16 octobre 2007.
Julien grimpe faire quelques clichés.
Je dis à Bassem : "Everybody  in Naplouse like Al Gadhafi ?
" I’m not sure…"
Puis il poursuit: « J’aime le résistant, mais seulement le résistant… je ne veux pas en dire plus…
Pourquoi ?
Cela peut-être dangereux. On pourrait entendre…"
Bassem nous a quittés quelques minutes plus tard.





Le lendemain matin, à 6h, Julien et moi étions de retour au cimetière pour assister au début de l'Aïd. 
Sur la tombe de Bassim, 4 de ses sœurs et ses 3 enfants, Hiba, Aya et le plus petit Mogahad étaient là. Après quelques mots, et autant de clichés, je venais de clore (pour l'instant, qui sait) la page Bassim abou Sariah, alias, al Gaddhafi.




Il avait guidé nos pas durant 2 jours à Naplouse.
  
Pendant ce temps, ce jour-là à Gaza:


Pendant ce temps,  I am "looking for" encore et encore et je ne creuserai plus de tunnel. 
Promis.


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Aïd à Naplouse



















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